Notre invité Éric Le Roy, historien du cinéma, est déjà venu dans nos studios pour présenter son ouvrage Jean-Pierre Mocky dont il fut l’assistant.
Du même auteur, le très beau livre Goémons, généalogie d’un film vient de sortir aux ”Éditions Le Clos Jouve”.
En septembre 1945, âgée de 21 ans, la cinéaste Yannick Bellon débarque sur l’île bretonne de Béniguet à la pointe du Finistère. Elle ne sait pas encore que le tournage de son premier film Goëmons, parsemé de difficultés, va changer le cours de sa vie.
Sans électricité, presque abandonnée du continent, la Grande Terre, Béniguet est seulement habitée par un couple de goémoniers et ses employés qui dorment dans le grenier infesté de puces.
Yannick, pendant plusieurs séjours étalés sur deux ans, partage la vie de ces damnés de la mer aux corps fatigués, se tuant au labeur pour récolter le goémon, le faire sécher, le brûler pour l’envoyer ensuite sur le continent dans une usine de soude.
Son film, pour lequel elle participe au montage, est une charge féroce contre l’exploitation des travailleurs de la mer.
Grâce au Grand Prix international pour le meilleur documentaire obtenu en 1948 à la Biennale de Venise, Goémons est devenu un classique du cinéma documentaire français de l’après-guerre, reconnu aussi bien en France qu’à l’international. Il a permis à Yannick Bellon de réaliser de nombreux courts métrages et longs métrages, dont la trilogie La femme de Jean, L’amour violé, L’amour nu :
”Si, à travers mes œuvres, on devine que l’injustice me révolte et que la dignité me semble la vertu première, tant mieux”.
Plus tard, à la question ”Pourquoi filmez-vous ?”, elle répondra :
”Sans doute le besoin de communiquer, d’être aimée, d’aimer mieux, de témoigner parfois, d’exister”.
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