”Comme une pointe d’acier dans une meule de beurre” : ainsi est résumée la main-mise du Parti communiste sur le syndicalisme en France, phrase d’Albert Vassart important dirigeant du Parti communiste et de la CGTU et qui se décrit ainsi : ”un métallo de tempérament libertaire devenu un apparatchik, un révolutionnaire professionnel, mettant le parti au-dessus de tout”.
Le triomphe des bolcheviques en Russie avait conduit à la création de l’Internationale communiste (IC) à Moscou en 2019 : ”Des noyaux communistes doivent être formés pour conquérir les syndicats au communisme. Ils doivent être subordonnés à l’ensemble du Parti”.
Pour faciliter cet objectif, l’Internationale syndicale rouge (ISR) est créée à Moscou en Juillet 2021.
En France, la conquête de la CGT à majorité réformiste se révélant alors impossible, la stratégie va constituer à trouver des alliés dans la minorité syndicaliste révolutionnaire, qui scissionne et crée la CGTU en 1921. Ainsi, le collectif ”Vie ouvrière” autour de Pierre Monatte s’allie aux bolcheviques pour leur donner la majorité à son premier congrès (Saint-Étienne, juin 1922) : ”Il fallait écraser les anarchistes et on les a écrasés”, Ivan Stepanov, délégué IC à ce congrès.
Ainsi s’amorce un événement prédominant dans l’histoire sociale, qui va influencer négativement le mouvement ouvrier pendant des dizaines d’années, pas seulement en France.
Nous recevons Sylvain Boulouque, historien qui a écrit plusieurs ouvrages sur le mouvement anarchiste, pour nous parler de son récent livre Communisme et syndicalisme dans la France de l’entre-deux guerres, résultat d’une longue enquête, notamment en consultant les archives de Moscou. Il révèle les stratégies du Komintern pour faire du syndicalisme français la courroie de transmission du système communiste international.
Cette première émission s’arrête à l’année 1927.
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09 mars 2026 Luttes sociales
Iran : Une nouvelle fois une étincelle a mis le feu aux poudres de presque cinq décennies de revendications insatisfaites. Une nouvelle fois le régime de la République islamique d’Iran a décidé d’éteindre le feu par le sang de milliers et de milliers de protestataires, femmes, hommes, jeunes, vieux et enfants. Ainsi commence l’article de Nader Teyf dans Le Monde libertaire de mars.
Invité dans notre studio, il rappellera l’histoire des révoltes dans son pays, dont le slogan de base depuis 2018 est le renversement du régime dans sa totalité.
Il y a trois ans et demi, de nombreux manifestants sont descendus pendant quatre mois dans les rues des villes des 31 provinces après l’assassinat de la jeune kurde Jina par la police des mœurs : Femme-Vie-Liberté est devenu un slogan international.
La ”chirurgie économique” appliquée à la fin de l’année dernière a déclenché les réactions des commerçants du bazar, rejoints dans les rues par de très nombreux protestataires la première semaine de janvier : « À bas la République islamique », « Mort au dictateur ».
Espérant profiter de la situation, Trump, Netanyahou promettent de l’aide, et le prétendant au trône Reza Pahlavi appelle - depuis les États-Unis - les Iraniens à manifester encore plus massivement les 8 et 9 janvier : en quelques jours les rues se vident de protestataires et se remplissent de cadavres.
Le 28 février, l’« aide » israélo-américaine tombe du ciel... sous la forme de bombes meurtrières.
Une anarchiste de Téhéran évoque la répression et la situation sociale et politique. Concernant un éventuel futur sursaut contre la République islamique et contre l’opposition fasciste monarchiste, et tenant compte de l’issue récurrente de manifestations de rue réprimées dans le sang, elle rappelle la nécessité d’aider préalablement à l’auto‑organisation à la base par « la création d’institutions horizontales dans les domaines du travail, de l’éducation, de l’entraide sociale et de l’organisation de quartier ».
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02 mars 2026 Tranches de vie
Vincent Maillard, ancien grand reporter et caméraman, a travaillé une dizaine d’années pour France Télévision. Il en a perçu les limites : ”La télévision c’est très superficiel. J’étais en désaccord avec les lignes éditoriales, je regrettais le manque d’audace et d’initiative dans la rédaction”.
Pour s’exprimer avec plus de liberté, il s’est tourné vers la réalisation de documentaires en France et à l’étranger sur divers thèmes : sciences, politique, environnement, société.
On peut citer par exemple :
Le Thon, la brute et le truand, disparition de la pêche traditionnelle au thon rouge en Sicile, au profit f’une pêche industrielle.
Les pionniers de Trémargat, village breton pratiquant agriculture paysanne, circuits courts, entraide collective, café et épicerie associative.
La révolte des Gilets jaunes, ”cette classe qui ne faisait pas parler d’elle” jusqu’à ce que ”les politiques tirent trop sur la corde de la compression et de la rigueur”, lui a sans doute donné envie d’écrire un roman social sur les oubliés de la France péri-urbaine :
Le polar musical Springsteen-sur-Seine décrit ceux dont les rêves de jeunesse se sont fracassés sur une réalité économique libérale mais qui résistent à l’écrasement et au mépris.
Par la suite, il profite du confinement pour publier Methanic, dystopie sur le réchauffement climatique, et L’os de Lebowski, roman noir et satire sociale.
Les titres des deux derniers, Le smorking des orques et La spirale du milan royal montrent l’intérêt de Vincent Maillard pour les animaux (Lebowski est un chien) :
”Le défi pour l’humanité est de parvenir à s’extirper de deux cents ans d’ère industrielle et financière hystérique pour commencer à réparer les liens avec le monde qui est le nôtre, le monde biologique, le monde du vivant ; les ambassadeurs les plus proches de ce monde sont les animaux”.
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