Les maisons parachutées, tout récent polar de Didier Daeninckx, ”entré en littérature par effraction”, se déroule en 1952 dans la Nièvre, sept ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale.
L’inspecteur Philippe Orbec enquête, suite à la découverte de trois cadavres à quelques kilomètres de l’usine métallurgique d’Imphy, sur la rive droite de la Loire, un lieu où son père Charles a été exécuté en juin 1944. Son enquête lui permet de retrouver l’identité de ces trois résistants, déportés dans le camp de concentration de Mauthausen en Autriche. Dans une annexe du camp, située dans les sous-sols d’une ancienne brasserie, ils avaient participé à une unité de travail forcé (Arbeitskommando) chargée de la fabrication d’armements mais aussi de faux billets, opération Bernhard mise en place par les nazis espérant faire effondrer les économies anglaise et américaine en les inondant de fausses livre sterling et faux dollars.
Les trois disparus, Marc syndicaliste de l’usine d’Imphy, Alexandre inspiré par un grand-oncle de Didier Daeninckx, tous deux communistes dissidents, ainsi qu’Ariano, italien qui était dans la colonne anarchiste Ascaso pendant la révolution espagnole, avaient conservé des contacts après leur retour en France.
Dans un style très agréable à la lecture, Didier Daeninckx nous remet en mémoire la France de l’époque : les acteurs de cinéma Jean Gabin, Lino Ventura, le Tour de France avec Fausto Coppi et Yvette Horner, la nourriture qui régale Philippe Orbec, les derniers bateaux-lavoirs, les faits divers que résout le commissariat de Nevers...
Son long travail de recherche de documents lui permet de sortir de l’oubli les séquelles laissées par la guerre, les haines recuites, la collaboration pendant l’Occupation, l’épuration.
Un développement particulièrement étayé rappelle un pan de l’histoire en partie occulté sur les luttes intestines au sein de Parti communiste, conduisant notamment aux exclusions d’André Marty ”le mutin de la Mer Noire”, de Charles Tillon, chef des Francs tireurs et partisans (FTP) pendant la Résistance, de Georges Guingouin, chef des maquis du Limousin. Il fallait laisser toute la place à Maurice Thorez, élément clé de la ”stalinisation” du Parti.
Dans ce livre, à lire et faire lire, beaucoup de détails sociaux et historiques sont présents, tels plusieurs militants qu’on retrouve dans le Maitron, le ”Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier”.
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Nedjib Sidi Moussa, historien d’origine algérienne, regroupe une vingtaine de textes dans Le spectre du colonialisme, paru récemment aux Éditions L’Échappée. Ils couvrent quatorze années jusqu’à 2025 pendant lesquelles, parallèlement aux crises culturelles, sociales et politiques, ”le rapport passionnel au passé colonial s’est inscrit comme une question incontournable”.
Parmi les nombreux enjeux contemporains concernés, il cite la persistance du racisme, l’instrumentalisation de la diversité, la politisation de la présence musulmane, ”le tout sur fond de décomposition du vieux mouvement ouvrier et de crise du capitalisme néolibéral”.
Sont notamment évoquées les trajectoires de figures intellectuelles confrontées à cette réalité, tels Albert Camus, Frantz Fanon, Joseph Gabel, Maxime Rodinson.
Certains textes fournissent des informations peu connues, notamment dans ”Par delà l’anticolonialisme : Guy Debord”. Ainsi, quatre ans après l’indépendance algérienne, l’Internationale situationniste dénonçait dans le modèle léniniste qui inspirait l’opposition algérienne une ”contre-vérité policière de l’Histoire” et développait une réfutation du bolchevisme ”pour éviter aux ex-pays colonisés les impasses étatiques, développementalistes ou religieuses”. L’IS critiquait les idéologies au service des ”nouveaux maîtres” : castro-guévarisme, nassérisme, titisme, maoïsme, benbellisme.
Dans un autre texte est cité Mohamed Saïd, militant kabyle hostile au colonialisme, au nationalisme, à la religion et qui avait appartenu à la colonne Durruti pendant la révolution espagnole : ”La grande masse des travailleurs kabyles sait qu’un gouvernement musulman à la fois religieux et politique ne peut revêtir qu’un caractère féodal”.
Dans cet ouvrage Nedjib Sidi Moussa nous invite à ”surmonter les oppositions binaires Occidental/non Occidental, Blanc/non Blanc, Nord/Sud dans le but d’embrasser l’universalité de notre commune humanité”.
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04 mai 2026 Terre et radioactivité
Notre invité, Bruno Chareyron, explique dans les débuts de son récent livre Le nucléaire : une énergie vraiment sans danger ?, paru chez Dunod, souhaiter ”témoigner du décalage invraisemblable entre le nucléaire rêvé, présenté comme un indispensable recours pour réussir la transition énergétique, et la réalité que j’ai pu découvrir progressivement sur le terrain”.
Pendant sa formation pour devenir Ingénieur en Génie énergétique et nucléaire, au milieu des années 1980, il est ainsi ”formaté” :
- L’uranium naturel est abondant et sans danger
- Tchernobyl n’a pas eu d’effet en France
- Les déchets nucléaires sont recyclés à La Hague et sont réutilisables
Plus tard, son fils de deux ans est soigné pour une leucémie à côté de celui d’une famille originaire de La Hague. Il décide alors d’enquêter sur la déformation et les mensonges liés au développement de l’énergie nucléaire. En 1993, il est embauché par la CRIIRAD (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité), qui cherche à renforcer l’équipe de son laboratoire d’analyse de la radioactivité. Cette association avait été créée par de simples citoyens au lendemain de Tchernobyl (1986) pour effectuer des mesures indépendamment de l’État et des industriels.
Dans son livre, une synthèse à la portée de tous de ses trente ans d’expérience sur le terrain, il nous permet de mieux connaître les risques du processus de production d’électricité d’origine nucléaire depuis l’extraction du minerai, du fonctionnement des centrales, de la production et de la gestion des combustibles irradiés, ainsi que de dévoiler la gestion de catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima.
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27 avril 2026 Liberthèmes
Le documentaire La bataille du Libre en explique l’enjeu : « L’informatique est au cœur de presque toutes les activités humaines. A t-elle contribué à faire de nous des citoyens plus autonomes ? Ou plutôt les consommateurs passifs d’un marché devenu total ? Les résistants du ”Libre” y voient un enjeu philosophique et politique. En mettant l’accent sur la liberté, la coopération et le partage, ils redonnent de l’autonomie et du pouvoir à leurs utilisateurs. »
À l’origine, Richard Stallman démissionne en 1984 d’un laboratoire du MIT américain pour ramener l’esprit de coopération qui prévalait dans la communauté hacker dans les jours anciens. Il met en place le projet GNU et la ”Free Software Foundation” : ”Le logiciel libre est un mouvement social qui repose sur les principes de Liberté, Égalité, Fraternité”.
Quelques années plus tard, des dizaines de milliers de contributeurs de plus de 70 pays, notamment aux États-Unis, en Allemagne, en France, fournissent gratuitement des logiciels dans de multiples domaines, avec la liberté de les utiliser, améliorer, redistribuer.
En janvier 2004, l’Unesco a reconnu le logiciel libre comme ”patrimoine mondial de l’humanité”.
Nos invités Khrys et Denis appartiennent à Parinux, un groupe de bénévoles utilisateurs de logiciels libres qui transmettent régulièrement leur savoir-faire à la Cité des Sciences de Paris, lieu d’échanges et d’entraide pour libristes débutants ou confirmés.
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